La marche des beurs (B2)

Niveau: B2 · Durée: 3:47 · Thème: Société

En 1983, un groupe de jeunes issus de l'immigration décide d'organiser une marche pacifique à travers la France pour dénoncer les discriminations et les violences racistes qu'ils subissent au quotidien.


un cortège → un groupe de personnes qui marchent ensemble, souvent dans le cadre d’une manifestation ou d’une cérémonie

un tract → une feuille imprimée distribuée pour informer ou convaincre

le deuil → la douleur et le chagrin liés à la mort de quelqu’un

un syndicat → une organisation qui défend les droits des travailleurs

faire le pari de → prendre le risque de, tenter quelque chose d’incertain

y trouver son compte → en tirer un avantage, être satisfait du résultat

bon enfant → sympathique, sans tension, dans une ambiance détendue

Vous pouvez écouter la vidéo autant de fois que nécessaire et prendre des notes.

A. Compréhension générale
  1. D’où est partie la marche et quelle était sa destination finale ?
  2. Combien de personnes ont participé à l’arrivée à Paris ?
  3. Qui a reçu une délégation des marcheurs le soir même ?
B. Compréhension détaillée
  1. Comment les Français ont-ils réagi en rencontrant les marcheurs au cours du trajet ?
  2. Quel changement d’attitude l’un des marcheurs décrit-il dans son témoignage ?
  3. Pourquoi certains manifestants exprimaient-ils du deuil dans le cortège ?
  4. Que demandent les marcheurs concernant les responsables de violences racistes ?
C. Inférence et opinion
  1. Que signifie la phrase « La France, c’est comme une mobylette. Pour avancer, il faut du mélange » ? Qu’est-ce qu’elle révèle sur l’état d’esprit des marcheurs ?

A. Compréhension générale

  1. Elle est partie de Marseille le 15 octobre 1983 et s’est terminée à Paris, à la Bastille.
  2. Les chiffres varient entre 30 000 et 100 000 personnes.
  3. François Mitterrand, président de la République, a reçu une délégation de huit marcheurs à l’Élysée.

B. Compréhension détaillée

  1. Les Français comprenaient le plus souvent leurs problèmes, mais certains préféraient ne pas les voir. Quelques-uns ont témoigné leur solidarité activement. Un policier a même porté les chaussures d’un marcheur.
  2. Un marcheur explique qu’ils étaient partis avec l’idée que tous les Français étaient plus ou moins racistes, mais que la marche leur a appris qu’on ne peut plus généraliser.
  3. Des familles de jeunes maghrébins victimes de violences racistes participaient au cortège et manifestaient leur douleur.
  4. Ils demandent la justice (pas la vengeance !) et dénoncent le fait que les coupables sortent souvent de prison au bout de quatre mois seulement.

C. Inférence et opinion

  1. La métaphore de la mobylette suggère que la France ne peut avancer qu’en intégrant ses différentes composantes, le « mélange » étant à la fois le carburant et la condition du progrès. Elle révèle un espoir dans le vivre-ensemble et une vision positive de la diversité.

Imaginez : le 15 octobre dernier, lorsque 32 jeunes immigrés décidaient de traverser à pied la France pour attirer l’attention sur les problèmes qui sont les leurs et qui les touchent chaque jour, c’est-à-dire l’indifférence et souvent même l’hostilité dont ils font l’objet. De Marseille à Paris, ils ont discuté avec des Français qui, le plus souvent, comprenaient leurs problèmes, mais qui parfois aussi souhaitaient ne pas les voir, ces problèmes. Ils ont parlé, ils ont aussi écouté, et je crois que tout le monde, au fond, y a trouvé son compte.

Cet après-midi, c’était donc le point final à la Bastille, où des dizaines de milliers de Parisiens étaient venus s’associer à cette initiative. Une initiative qui trouvait toute sa dimension lorsque le président de la République acceptait de recevoir ce soir une délégation de jeunes immigrés à l’Élysée.

Le récit de cette journée avec Isabelle Baechler et Daniel Lecomte.

30 000, 50 000, 100 000, les chiffres varient. Ils étaient des dizaines de milliers, entre la Bastille et Montparnasse, mobilisés contre le racisme, venus de la France entière en autocar, à l’appel d’un collectif national et de 70 associations, partis et syndicats de gauche. Pour les marcheurs, tout a commencé vers 13h avec le repas. Enthousiasme et émotion, bien sûr, mais aussi un peu d’inquiétude, car ces enfants d’immigrés qui marchent depuis un mois et demi ont fait le pari de rassembler 100 000 personnes. Ils ont fait le pari de réveiller les Français, ces Français précisément qu’ils ont appris à mieux connaître à travers cette marche.

« On était partis avec l’idée que tous les Français sont plus ou moins racistes. Là, on n’a plus le droit de généraliser. On a eu des enfants qui viennent à notre rencontre, même un policier qui portait un écusson « Marche pour l’égalité ». Alors même du côté de la police... »

Ça y est, la marche de ceux qui se sentaient isolés est devenue une grande manifestation. Là, c’est la dernière ligne droite pour ceux qui ont déjà 1 200 km dans les jambes. De la Bastille vers Montparnasse en passant par le pont de Sully, on distribue des tracts, mais c’est surtout une grande émotion qui prime. Dans le cortège, ce sont aussi des images bon enfant. On n’a vraiment pas oublié le sens de la fête chez les jeunes immigrés.

« La France, c’est comme une mobylette. Pour avancer, il faut du mélange. »

Mais le deuil était présent aussi. Les familles de jeunes maghrébins victimes du racisme ont manifesté dans la gravité. Les Français étaient nombreux aux côtés des immigrés pour témoigner leur solidarité.

« À quoi ça sert, la solidarité ? À faire voir que les gens sont capables, ensemble, de s’aimer sans différence. »
« C’est pas un rêve ? »
« On est tous de chair et d’os. Et peut-être que pour beaucoup, ça restera un rêve, mais pour moi, je pense que ça deviendra une réalité, par les petits-enfants peut-être, qui ne sont pas encore nés. »

Dans le cortège également : beaucoup d’hommes et de femmes politiques, des syndicalistes, des personnalités de gauche : Huguette Bouchardeau, Gisèle Halimi, Claude Cheysson, mais aussi Olivier Stirn et Bernard Stasi.

« Les salauds qui les ont tués sont et resteront bien vivants, même en prison, d’où ils sortent le plus souvent au bout de quatre mois. Cependant, il n’est pas question de vengeance, mais de la justice. Rien que la justice. Une réelle justice. »

« Le gouvernement sera sans faiblesse. Il a donné des instructions d’extrême fermeté face au racisme. »

Je vous le disais : une délégation de ces marcheurs a été reçue il y a quelques minutes par François Mitterrand à l’Élysée. Elle est composée de huit personnes : quatre Français et quatre immigrés.

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