Joséphine Baker, femme libre (B2)
Compréhension orale · Document authentique
Niveau: B2 · Durée: 6:40 · Thème: Culture
Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker est entrée au Panthéon, monument parisien honorant les figures qui ont marqué l’histoire de France. Elle est la première femme noire à y être admise.
Née à Saint-Louis, dans le Missouri, en 1906, Joséphine Baker arrive à Paris en 1925 et y devient une immense vedette de music-hall, et bien plus encore.
l’apport civique → ce qu’une personne apporte à la vie collective de son pays
le Tout-Paris → l’ensemble des personnalités en vue de la capitale
mitigé → partagé, ni franchement bon ni franchement mauvais
l’encre sympathique → une encre invisible, qui n’apparaît qu’après un traitement
les lois scélérates → ici, les lois antisémites adoptées en France en 1940
la Légion d’honneur → la plus haute distinction française
léser quelqu’un → lui causer un tort, lui porter préjudice
Vous pouvez écouter la vidéo autant de fois que nécessaire et prendre des notes. Une fiche PDF est téléchargeable ici ou en bas de page.
- Pourquoi Joséphine Baker est-elle entrée au Panthéon, selon l’intervenant ?
- Quels obstacles marquent le début de sa vie aux États-Unis ?
- Dans quels grands domaines Joséphine Baker s’engage-t-elle au cours de sa vie ?
- Que représente sa « tribu arc-en-ciel » ?
- Que se passe-t-il à son arrivée à la gare Saint-Lazare, et pourquoi ce moment compte-t-il autant pour elle ?
- Comment le public parisien réagit-il à ses débuts au théâtre des Champs-Élysées ?
- En quoi sa célébrité lui est-elle utile dans son travail de renseignement ?
- Comment transmet-elle les informations qu’elle récolte ?
- Que devient le château des Milandes pendant la guerre ?
- Pourquoi choisit-elle de porter l’uniforme de l’armée française lors de la marche de Washington ? Quel « double symbole » l’intervenant voit-il dans ce choix ?
Complétez les phrases avec un mot ou une expression entendus dans le document.
- L’intervenant construit son portrait de Joséphine Baker autour des valeurs de la République française : liberté, égalité, fraternité. Ce cadrage éclaire-t-il son parcours ou le simplifie-t-il ?
- Le Panthéon honore des personnalités pour leur « apport civique » à la nation. Existe-t-il un équivalent dans votre pays ? Qui mériterait d’y entrer, selon vous ?
A. Compréhension générale
- Pour son apport civique : selon l’intervenant, elle a parfaitement incarné les valeurs républicaines françaises, celles qui, dit-il, soudent la nation.
- Elle vient d’un milieu très pauvre, elle est métisse dans un pays où la ségrégation raciale est en vigueur, et elle n’est acceptée pleinement ni par les Noirs ni par les Blancs : trop blanche pour les uns, trop noire pour les autres.
- Deux grands domaines : la Résistance pendant la guerre, puis la lutte contre le racisme et la ségrégation, en France comme aux États-Unis.
- Elle adopte douze enfants venus des quatre coins du monde et de religions différentes. Pour l’intervenant, cette famille est une démonstration : en grandissant ensemble, les enfants voient la peur de l’autre s’évaporer. C’est la fraternité, troisième terme de la devise.
B. Compréhension détaillée
- Un inconnu, blanc, l’aide à descendre du train et lui sourit. C’est, dit l’intervenant, la première fois qu’elle se sent regardée comme une personne et non comme une couleur de peau. Il y voit l’origine de son attachement à la France.
- La réaction est partagée : une partie du public est choquée de la voir danser à moitié nue, tandis que le Tout-Paris des arts l’adore et qu’elle devient une idole en une seule soirée.
- Parce qu’elle est une star internationale, elle est invitée partout, y compris dans les ambassades des pays de l’Axe. Aux contrôles, on lui demande des autographes plutôt que d’examiner ses affaires. L’intervenant souligne toutefois qu’un seul contrôle sérieux lui aurait coûté sa carrière et sa vie.
- Les informations sont recopiées à l’encre sympathique sur des partitions de musique, qu’elle emporte avec elle lors de ses tournées à l’étranger.
- Il devient un haut lieu de la Résistance en Périgord : elle y accueille et y cache des résistants, y cache des armes et y protège des personnes juives qui fuient les lois de 1940.
- Elle prend la parole en uniforme, avec ses médailles de résistante. Le double symbole, selon l’intervenant : elle reste engagée dans la lutte contre la ségrégation aux États-Unis, mais elle a choisi la République française. La tenue dit ce choix sans qu’elle ait besoin de l’expliquer.
C. Le vocabulaire en contexte
- bâtir
- émancipation
- glane
- haut lieu
- consécration
On rentre au Panthéon pour l’apport civique que l’on porte à l’esprit de la nation. Ces valeurs républicaines, ce sont elles qui nous soudent, et Joséphine Baker, elle les a parfaitement incarnées.
Une femme libre
Joséphine Baker, c’est une femme libre. C’est une femme libre qui vient d’un milieu extrêmement modeste, donc elle a tout contre elle. Elle vient d’un milieu très pauvre, elle est métisse, donc elle est trop blanche pour les Noirs et trop noire pour les Blancs, dans un pays où il y a la ségrégation.
Et malgré tous ces obstacles devant elle, c’est une femme tellement courageuse, tellement volontaire, qu’elle arrive à se bâtir un destin incroyable. Donc, effectivement, c’est un modèle d’émancipation.
Elle se fait connaître au théâtre des Champs-Élysées dans La Revue nègre, qui a été montée par l’intermédiaire de Caroline Dudley. En une soirée, elle devient l’idole du Tout-Paris des arts. Alors évidemment, il y en a d’autres qui sont choqués qu’une femme mariée danse à moitié nue dans ce magnifique théâtre. Il y a un accueil mitigé, mais en revanche, le Tout-Paris l’adore.
[Passage chanté / archives]
Quand elle arrive en France en 1925, Joséphine a 19 ans. Elle quitte un pays dans lequel il y a la ségrégation raciale, c’est-à-dire qu’il y a des autobus pour les Blancs, des autobus pour les Noirs, des restaurants pour les Blancs, des restaurants pour les Noirs.
Et quand elle arrive en France, elle prend le paquebot, elle prend le train ensuite du Havre à la gare Saint-Lazare. Et la première chose qui la frappe, c’est que quelqu’un l’aide pour descendre du train, et cette personne lui sourit et l’aide vraiment. Et cette personne est blanche.
Et c’est la première fois dans la vie de Joséphine qu’elle est vue comme une personne et non plus comme une couleur. Et c’est peut-être aussi pour ça qu’elle aura cet immense amour pour cette République française, dont elle deviendra citoyenne en 1937.
C’est évidemment son action en France auprès de la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, dont elle est toujours membre d’honneur, et aux États-Unis, ses engagements notamment auprès du pasteur Martin Luther King.
Je vous rappelle qu’elle est la seule femme à parler, à la demande de Martin Luther King, à la marche de Washington en 1963, qui est une marche historique très importante pour l’histoire de l’humanité, puisque c’est au cours de cette marche que Luther King prononcera cette fameuse phrase : « I have a dream ».
Et Joséphine Baker, elle arrive, elle parle, elle prend la parole juste avant Martin Luther King. Elle dit : « Je suis avec vous, mes frères et mes sœurs. » Mais elle le fait comment ? Elle le fait en uniforme de l’armée française, avec ses médailles de résistante.
Donc elle envoie un double symbole : oui, je suis toujours là dans ces combats pour la lutte contre la ségrégation, mais j’ai choisi la République.
Une femme résistante
Elle devient française en épousant Jean Lion-Lévy en 1937. Et dès septembre 1939, lorsqu’il y a la déclaration de guerre, elle fait venir le capitaine Abtey à sa résidence du Vésinet, le chef du Deuxième Bureau, et elle lui dit :
« Capitaine, la France m’a tout donné, je lui dois absolument tout. Prenez ma vie, faites de moi ce que vous voulez. »
Elle est française depuis deux ans et déjà, elle défend sa patrie.
Le capitaine Abtey est utilisé comme son secrétaire particulier. En fait, c’est son agent de traitement. C’est lui qui utilise les informations que Joséphine Baker arrive à récolter parce que, comme c’est une star internationale, elle est invitée partout.
Et donc elle va dans les ambassades, y compris celles de l’Axe, d’ailleurs, et elle récolte, elle glane des informations qui, vous le savez, sont ensuite retranscrites à l’encre sympathique sur des partitions et qu’elle permet de transmettre au-delà des frontières lorsqu’elle fait des tournées.
Et évidemment, ça se passe bien, les contrôles, parce que c’est une star : on lui demande des autographes. Mais néanmoins, s’il y avait eu un seul contrôle, elle risquait sa vie. Elle risquait sa carrière et sa vie.
Elle fait du château des Milandes un haut lieu de la Résistance en Périgord. Elle accueille des résistants, elle en cache, elle cache des armes, cache des personnes juives qui fuient les lois scélérates de 1940.
Et effectivement, la consécration suprême, c’est la Légion d’honneur à titre militaire. C’est une patriote, Joséphine Baker. Elle aime profondément la France et recevoir la plus belle des décorations à titre militaire, c’est quelque chose qui va véritablement l’émouvoir.
Une mère de famille « arc-en-ciel »
Joséphine Baker, c’est la liberté, puisqu’elle choisit de prendre son destin en main. C’est l’égalité dans ses combats contre le racisme et l’antisémitisme en France, aux États-Unis. Et c’est la fraternité avec sa famille, cette tribu arc-en-ciel.
Elle adopte douze enfants avec Jo Bouillon, son mari, et elle incarne parfaitement la maxime d’Antoine de Saint-Exupéry qui est : « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis. »
[Extrait d’archive]
— En dehors de la scène, que devient votre nombreuse famille ?
— Ils grandissent, ils se marient.
— Vous avez dix enfants ?
— Oui. Non, dix garçons et deux filles.
— Douze ?
— Douze. Heureusement que les filles ne vous entendent pas en ce moment ! Avec mes répétitions, le travail, il est bon qu’ils ne soient pas là… Parce que quand je suis avec mes enfants, j’oublie tout, tout, tout. Il n’y a que mes enfants qui comptent.
[Fin de l’extrait]
Elle veut montrer, Joséphine Baker, qu’en adoptant des enfants des quatre coins du monde, avec toutes les religions différentes, comme ils grandissent ensemble, les appréhensions, la peur de l’autre s’évaporent, et ils finissent par avoir tout simplement une famille unie, fraternelle.