Tchernobyl, 40 ans après

Compréhension orale · Document authentique
Niveau: B2 · Durée: 5:30 · Thème: Environnement

Le 26 avril 1986, le réacteur n° 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. Les autorités tardent à réagir, puis évacuent les populations vivant autour du site.

Une zone d’exclusion est créée : un territoire interdit d’habitation, où villes et villages ont été abandonnés. Quarante ans plus tard, une équipe de reportage la parcourt et rencontre ceux qui y vivent ou y travaillent encore.

Le site et l’accident

la zone d’exclusion → le territoire interdit d’habitation autour de la centrale

le sarcophage → l’enveloppe construite au-dessus du réacteur accidenté pour le confiner

démanteler → démonter une installation pièce par pièce, pour la mettre définitivement hors service

le césium 137 → un élément radioactif libéré lors de l’accident, dont la radioactivité décroît très lentement

un microsievert → une unité de mesure de la dose de radiation reçue

Référence citée

Dante → poète italien du 14e siècle, auteur de la Divine Comédie, qui raconte un voyage à travers l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis

Vous pouvez écouter la vidéo autant de fois que nécessaire et prendre des notes. Une fiche PDF est téléchargeable en bas de page.

A. Compréhension générale
L’itinéraire du reportage

L’équipe se rapproche peu à peu de la centrale. Cliquez sur les étapes dans l’ordre où elles apparaissent.

    Aucune étape choisie pour l’instant.

    1. Qui vit ou travaille encore dans la zone d’exclusion aujourd’hui ?
    2. Que devient la nature dans la zone, selon le reportage ?
    3. Quelle menace nouvelle pèse aujourd’hui sur le site ?
    B. Compréhension détaillée
    1. Le reportage s’ouvre sur une citation de Dante. Comment le journaliste la retourne-t-il pour décrire le village de Kupovate ?
    2. Dans quelles conditions les habitants ont-ils quitté leur village en 1986 ? Que dit Marusya de ce départ ?
    3. Comment Marusya vit-elle aujourd’hui, et de quoi dit-elle avoir peur ?
    4. Selon quel rythme les ouvriers de la centrale travaillent-ils, et pour quelle raison ?
    5. Que s’est-il passé sur l’enveloppe externe du sarcophage, et quelles auraient pu être les conséquences ?
    6. Qu’est-il advenu de la ville de Pripiat en 1986 ?
    Relevez les chiffres

    Le reportage est riche en données chiffrées. Retrouvez-les.

    C. Le vocabulaire en contexte

    Complétez les phrases avec un mot ou une expression entendus dans le document.

    D. Réflexion et discussion
    Pas de bonne ou de mauvaise réponse ici : à vous de réagir
    1. Marusya dit ne pas craindre les radiations, mais la guerre. Comment comprenez-vous ce contraste ?
    2. Vasyl affirme que « les radiations et la nature peuvent coexister », tout en suggérant que certains animaux n’ont peut-être pas le temps de développer des cancers. Ces deux remarques vous paraissent-elles compatibles ?
    3. Faut-il laisser des habitants vivre dans une zone comme celle-ci ?

    A. Compréhension générale

    1. Quelques habitants sont restés ou sont revenus, comme Marusya, 85 ans. Environ 2 500 ouvriers travaillent à la centrale : ils la surveillent, l’entretiennent et la démantèlent. Il y a aussi beaucoup de militaires. Enfin, quelques personnes y travaillent dans les services, comme Alla, qui tient un café.
    2. Elle reprend ses droits. À la fin des années 90, une vingtaine de chevaux sauvages ont été introduits dans la zone. Ils sont aujourd’hui 200. Des cerfs viennent aussi à Pripiat. Mais le reportage précise que les petites espèces, comme les oiseaux et les rongeurs, seraient plus touchées.
    3. La guerre. Plusieurs tentatives ont visé le sarcophage. Une attaque de drone a laissé une trace : on voit une petite réparation sur l’enveloppe externe en acier.

    B. Compréhension détaillée

    1. Chez Dante, on traverse l’enfer pour atteindre le paradis. Le journaliste inverse les termes : ici, le petit paradis, le village de Kupovate, se trouve sur la route qui mène à l’enfer, c’est-à-dire à la centrale.
    2. Dans l’urgence et sans rien emporter. Marusya dit que l’on avait annoncé un départ de trois jours : ils n’ont donc rien pris. Elle parle d’un choc immense.
    3. Elle cultive son jardin, pommes de terre, oignons, betteraves, tomates, concombres, et boit l’eau de son puits. Elle dit n’avoir pas peur des radiations, sans quoi elle ne serait pas restée quarante ans : ce qu’elle craint, c’est la guerre, pour ses enfants et ses petits-enfants.
    4. En rotation, deux semaines par mois, afin de ne pas dépasser les doses annuelles de radiation autorisées. Le reportage précise qu’ils disposent de très peu de loisirs et qu’ils viennent surtout pour les salaires.
    5. Une attaque de drone y a laissé une petite réparation. Le militaire qui accompagne l’équipe explique que plusieurs tentatives ont visé le sarcophage, sans succès. Mais une frappe réussie aurait pu avoir de graves conséquences pour l’environnement, en Ukraine, mais aussi en Russie, en Biélorussie et dans toute l’Europe.
    6. La ville avait été construite uniquement pour les employés de la centrale et comptait 50 000 habitants. Elle a été fortement contaminée dès les premières heures, mais elle n’a été évacuée que le lendemain de l’explosion.

    C. Le vocabulaire en contexte

    1. irréductibles
    2. périple
    3. s’affole
    4. droits
    5. marées

    Le chemin vers le paradis commence en enfer, disait Dante. Ici, c’est un petit paradis sur la route de l’enfer.

    Nous sommes dans le village de Kupovate, à 40 km de la centrale : 700 habitants avant la catastrophe. Aujourd’hui, seuls quelques irréductibles vivent encore ici. Parmi eux, Marusya, 85 ans. Elle était là le jour de l’explosion avec sa famille.

    Marusya
    C’était terrible, vous savez. On était sous le choc, un choc immense. Ils nous ont dit qu’on partait pour trois jours. Alors, on n’a rien emporté de la maison.

    Marusya est revenue un an plus tard. Un retour toléré par les autorités. Elle n’a plus jamais quitté sa maison depuis. Sa fille, Olga, 63 ans, est restée à Kiev, à deux heures de route. Elle était enceinte quand c’est arrivé. Aujourd’hui, tout le monde est en bonne santé. Olga passe régulièrement livrer des denrées à sa mère.

    Marusya
    Hier, on a semé des pommes de terre et des oignons dans le jardin. L’an dernier, on avait planté des légumes dans le champ à côté, mais les élans ont tout mangé.

    Dans son petit jardin, Marusya cultive de tout : betteraves, tomates, concombres. La vieille dame a même un puits dont elle boit l’eau, tout comme ses nombreux chats.

    Marusya
    Si j’avais peur, je n’aurais pas vécu ici pendant près de 40 ans. Ici, je suis chez moi. C’est ma maison, c’est tout ce qui compte. La seule chose dont j’ai peur, c’est la guerre. Je m’inquiète pour mes enfants et mes petits-enfants, et pour tout le monde.

    Nous continuons notre périple en direction de la ville de Tchernobyl. La zone d’exclusion comprend une centaine de villes et villages abandonnés, dispersés sur un territoire grand comme le Luxembourg. En chemin, nous croisons des chevaux sauvages introduits à la fin des années 90 pour participer à la restauration des écosystèmes. Ils étaient alors une vingtaine. Ils sont aujourd’hui 200, en pleine forme, nous dit-on.

    La ville de Tchernobyl se profile. Ici ne vivent plus que les employés de la centrale, qu’il faut continuer à surveiller, entretenir et démanteler. Il y a aussi des militaires, très présents. Les quelque 2 500 ouvriers fonctionnent en rotation, deux semaines par mois, pour ne pas dépasser les doses annuelles de radiation. Très peu de loisirs leur sont proposés. Ils sont surtout là pour les bons salaires.

    Un café a ouvert ses portes. Alla, en blanc, est contente de travailler là et d’apporter un peu de réconfort au personnel de la centrale.

    Alla
    On a la sensation d’aider un peu les gens, dans le sens où il n’y a qu’ici qu’ils peuvent trouver, par exemple, des pâtisseries et du pain frais.

    Nous nous rapprochons encore un peu de la centrale, à 10 km précisément, pour rencontrer Vasyl, au pied d’un gigantesque radar installé là par les Soviétiques, lui aussi abandonné. Nous sommes accompagnés désormais d’un militaire.

    Vasyl travaille dans la zone depuis 32 ans. Il est chargé de relever les niveaux de rayonnement du césium 137. L’unité de mesure est le microsievert par heure.

    Vasyl
    La norme en Ukraine est de 0,30 maximum. C’est sans risque d’être ici. Chaque petite zone a son propre niveau de radiation. Il faut savoir quand c’est dangereux ou pas.

    Juste à côté de la centrale, les relevés augmentent nettement. Ici, 1,24 microsievert, quatre fois la norme. Nous sommes à 100 mètres du réacteur qui a explosé il y a 40 ans. Pourtant, rester plusieurs jours à cet endroit précis ne représente pas de risque pour la santé. Vivre là toute l’année, en revanche…

    Mais ce qui inquiète le plus notre militaire, ce sont les risques de bombardement. Sur l’enveloppe externe en acier, une petite réparation due à une attaque de drone.

    Oleksander
    Il y a eu plusieurs tentatives visant à frapper le sarcophage. En fin de compte, elles n’ont rien donné. Mais cela aurait pu avoir de graves répercussions sur l’environnement, non seulement dans ce pays, mais aussi en Russie, en Biélorussie et dans toute l’Europe.

    Nous finissons notre expédition par la visite de la fameuse ville de Pripiat, à 3 km seulement des réacteurs. Pripiat a subi une forte contamination dès les premières heures. La ville, construite uniquement pour les employés de la centrale, accueillait 50 000 personnes, évacuées le lendemain seulement de l’explosion. Le temps, pour les autorités soviétiques, d’accepter l’ampleur de l’accident.

    Ici, le détecteur de Vasyl s’affole par endroits, jusqu’à 44 microsieverts.

    Vasyl
    Il ne faut pas rester là plus de trois heures.

    Les animaux, pourtant, comme les cerfs, fréquentent le site et, à en croire Vasyl, ils sont en bonne santé. Peut-être qu’ils n’ont pas le temps de développer des cancers, dit-il.

    Vasyl
    La nature reprend ses droits, elle se régénère. Je n’ai vu aucune mutation. Personne n’en a vu. Il faut croire que les radiations et la nature peuvent coexister.

    La nature, aidée par l’absence d’humains aussi, même si certaines petites espèces, comme les oiseaux ou les rongeurs, sont, paraît-il, plus touchées.

    Marusya, elle, semble résister contre vents et marées, mais elle va devoir attendre pour un retour à la normale. Certaines radiations mettront plus de 30 000 ans à disparaître.

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